Le CNB s’est donné pour mission d’organiser un lobbying ( mot anglais bien élevé pour "série de démarches") afin de convaincre le législateur que les avocats étaient de plus en plus nuls, et qu’il fallait d’urgence les obliger à apprendre le droit sous peine de sanctions.Ainsi est née la loi imposant le formation continue obligatoire.Qu’ils s’agisse du résultat d’une campagne des dirigeants de la profession eux-mêmes a été si souvent avoué et dans de si nombreuses publications qu’il est inutile de craindre un quelconque démenti.
Est-ce vraiment la vocation des élus des Avocats d’aller les dénoncer et les débiner aupres du pouvoir ?
Pour ma part, je ne le pense pas.
Après la loi, le décret. Celui-ci énonce les modes de satisfaction de l’obligation de formation continue. Le travail des dossiers, les recherches de jurisprudence et de doctrine, la lecture des traités, livres et articles juridiques , la fréquentation des audiences, tout celà ne compte pas. Seules comptent la fréquentation des séminaires, colloques et commissions ouvertes, là où mesdames et messieurs les importants (je le sais, j’en ai fait partie jusqu’à une date récente) font les beaux devant un parterre qu’ils croient émerveillés.
Ecouter Etienne Tarride, ou d’autres, raconter leurs beaux dossiers est évidemment plus formateur que de lire Carbonnier, Stefani et Levasseur, la Gazette du Palais ou ces thèses si ennuyeuses sur des sujets compliqués.
Il parait que la formation continue obligatoire aura le mérite de réduire les sinistres que la compagnie d’assurances des Ordres doit couvrir. Je ne le pense pas.
La plupart des fautes professionnelles ne résultent pas de l’ignorance mais de la paresse, de l’insouciance, ou de l’incurie. La formation n’y changera rien. Par ailleurs, la formation par colloques, séminaires et commissions est nécessairement générale.
Les fautes d’ignorance sont, la plupart du temps, le résultat d’une méconnaissance de points précis de droit ou de procédure que seuls les spécialistes connaissent et qu’ils ne mentionnent pas, ou c’est un miracle, devant des gens venus là pour satisfaire une obligation le plus tranquillement possible.
Vous, vous qui me lisez, répondez à une simple question : ou avez vous appris votre métier ? En travaillant chez vous ou en écoutant un savant ancien ?
Au contraire, je pense que la formation telle qu’elle est organisée aggravera la sinistralité en donnant à des prétentieux une teinture suffisante à accepter des dossiers sont ils n’auraient jamais du se charger.
A des prétentieux, peut-être même à des aigrefins qui trouveront dans ces séances un vocabulaire suffisant à tromper le monde.
Enfin, le CNB a inventé une méthode de contrôle ahurissante.
Les Avocats devront, chaque année adresser une déclaration d’heures de formation à laquelle ils joindront des justificatifs.
Vous avez bien lu. Les Ordres ne croient plus les Avocats sur parole. Il faut des preuves. Les Ordres proclament que les Avocats sont des menteurs. C’est ce qu’on appelle la Foi du Palais.
J’ai essayé de résumer ma pensée autant que je le pouvais. Vous aurez sans doute compris que je déborde de rage.
Au fond, j’aurais pu dire, plus simplement, que je ne supporte plus, depuis quarante ans, les adjudants. Qu’ils portent une robe avec des pompons n’y changent rien. J’aurais pu aussi vous dire que ces manifestations d’autoritarisme me fatiguent et que je voudrais qu’on me foute enfin la paix.
J’aurais même pu vous dire que j’étais déçu, mais vous auriez pensé que je suis décidemment trop naïf.
Etienne TARRIDE, AMCO
Ancien Secrétaire de la Conférence
etarride@hotmail.fr